héron 3

Roubaix a la cote...

La balade à vélo, moment propice pour pasticher Jean de La Fontaine...

Le Héron

Dimanche matin voletait entre Roubaix et Leers,

Le Héron au long cou emmanché d'un fin bec.

Il tutoyait le canal, hésitant sur les glissières

L'onde était opaque ainsi qu'aux plus laids varechs ;

La grand-mère carpe y montrait mille précautions

Avec le silure son ennemi redoutable glouton.

Le Héron en eût fait opportunément son encas :

Les pêcheurs moulinaient au bord, il allait se détendre ;

Mais le volatile crut mieux faire pour surprendre

Et d’attendre d’élire qu'il y eût plus de candidats.

Il faisait un régime, et sautait son quatre-heures.

Après quelques moments la boulimie revint : le cendré

Croassant s’approcha du bord vit dans le courant madré

Des sandres qui pointaient du fond de la vase rance.

Le plat ne lui plut plus ; il s'attendait à faire bombance

Et affichait un dégoût tel Tartempion

Comme le pouah d’un mauvais mitron.

Moi des sandres ? dit-il, moi Héron que je votasse dare-dare

Pour une si pauvre enchère ? Et pour qui me compare-t-on ?

La sandre refusée il chercha du caviar.

Du caviar ! c'est bien là le quotidien d'un Héron !

Je béerais pour si peu mon bec ! aux sirènes ne déplaise !

Que je m’abstienne de me sustenter tel un ascète

Il l'ouvrit pour moins appétant : tout foira de manière

Qu'il n’aperçut ni n’ouït plus aucun autre pichon.

L’estomac le talonna, et dans son isoloir tout traîne-misère

Il fut content de trouver derrière le rideau un graillon.

Ne jouons pas aux difficiles :

Les plus arrangeants ce sont les plus faciles :

On hasarde de ne rien gagner en voulant finasser.

Gardez-vous de trop rechigner ;

Surtout quand vous avez à peu près votre dose.

Bien des ambitieux y sont pris ; ce n'est pas aux Hérons

Que je parle ; écoutez, citoyens, une autre glose ;

Vous verrez que chez vous j'ai appris des élections.

Dimanche 2 avril 2017

Donat Nobilé

Auteur de « Les oui, mais... de la mouche du coach » aux éditions « Thebookedition.com »


Je GAFA…tise

La distribution et la gestion des produits d’assurance vont connaître un bouleversement sans précédent avec la montée en puissance de la vente par Internet. C’est du moins ce que nous prédisent les sondeurs de tendances. Dans cette mouvance, les sociétés d’assurances, quelles que soient leur famille, leur taille ou leurs spécificités investissent durablement dans le développement de plateformes web-assurance en ligne, principalement dans un double but :

- offrir de nouveaux services sur-mesure aux clients ou de les améliorer.

- réduire significativement leurs chargements en industrialisant la relation client à leur profit.

C’est le cas, notamment, lorsque le cotisant assure la saisie des données nécessaires à la souscription et à la déclaration d’un sinistre et au règlement de sa prime, quasiment en temps réel ou se voit contraint de chercher une solution à son besoin en compulsant un catalogue pré-formaté de réponses standards. Avec le risque inhérent au manque de contact avec le client, que l’on tente de compenser en proposant, parfois, aux internautes l’aide d’un opérateur humain dont on ne connaît parfois que le prénom.

Surfant sur la vague digitale ou craignant le tsunami numérique assurantiel, les preneurs de risques et les intermédiaires craignent que cette perte de contact ait lieu au profit des réseaux sociaux, après avoir largement profité aux banquiers et aux comparateurs.

Dans ce contexte, le monde de l’assurance doit-il craindre les consommateurs qui gafa…tisent via les géants du Web, sachant que le nombre d’utilisateurs de téléphones mobiles est proche de celui de la population mondiale, d’après l’Union Mondiale des Télécommunications qui estime à près de 95% le taux de possession d’un mobile ?

Mon credo à face à l’inéluctable dépersonnalisation de la relation client :

- Non, quand l’opérateur impose le Web comme seul moyen de contact et que le client est obligé de google…iser, faute de pouvoir trouver l’adresse postale et/ou le numéro de téléphone de son assureur, même s’il dispose de bureaux locaux en centre ville. C’est le comble lorsque l’assuré s’y est rendu auparavant de son plein gré et qu’il ne peut plus y accéder ensuite que moyennant un rendez-vous pris par Internet, s’il vous plaît !

Cherchez, vous trouverez quelques exemples qui cachent derrière ce choix, la volonté de désencombrer et de réguler l’activité des plateformes téléphoniques des prestataires de services ou de redéployer une implantation locale. N’oublions pas que la proximité géographique, fixe ou itinérante, reste un atout concurrentiel majeur, du moins en France.

- Non, quand le consommateur qui AMAZON…ise, lassédes bannières encombrantes ou indifférent aux réclames les mieux (moins) disantes, adblocke les publicités intrusives. Au risque de bloquer également le téléchargement de fichiers utiles, indispensables à combler les attentes d’information contractuelles ou juridiques ! La corbeille des indésirables va-t-elle devenir plus volumineuse que celle des courriers entrants ?

- Non, quand il ne désire facebook…iser que dans le cadre strictement privé, amical ou familial, bottant en touche ou masquant tout ce qui de près ou de loin, commercial ou culturel, s’invite dans son cercle intime. Rien de plus exaspérant que de voir des amis partager des annonces publicitaires !

- Non, quand l’internaute se voit contraint de ne pouvoir qu’APPLE…iser, faute de pouvoir porter ses applications sur d’autres supports, fixes ou mobiles, de son choix. Le consommateur ne supporte ni la captivité, ni l’interopérabilité imposée.

- Oui, quand le clic de l’index ou du pouce banalise l’offre assurantielle, une plateforme téléphonique digitalisée d’un assureur X valant bien celle d’un autre, aux yeux de l’internaute, au logo ou au jingle près.

- Oui, quand l’internaute, de plus en plus e-assuré et averti des dangers du net, va se mettre à ubériser le système à son avantage, pour obtenir une réponse personnalisée à la couverture de son risque ou faciliter la relation avec un assureur. Perspective de nature à remettre en cause le principe de mutualisation assurantielle.

En un clic comme en cent, l’époque qui verra un assuré répondre : je gafa…tise, quand on s’inquiètera de savoir comment trouver un assureur, n’est peut être pas si lointaine. Mais, méfions-nous des consommateurs, ce n’est pas la première fois qu’ils font mentir les e-sondages !

Donat Nobilé

e-Auteur de cette chronique anachronique

In New assurance/PRO - Décembre 2016

Point de vue inspiré d’une de mes 21 chroniques de « Les oui, mais... de La Mouche du Coach » paru aux éditions « Thebookedition.com »

A lire avec modération...


Le seuil de la discorde


Riches en statistiques, les assureurs élaborent des tarifs différenciés pour satisfaire tous les assurables à l’instar de l’INSEE qui publie des taux de pauvreté selon divers seuils (40%, 50%, 60% ou 70%) pour satisfaire tous les pauvres, sans doute.

La faute au seuil. Oui, le seuil, qui distingue l’entrepreneur de l’assisté, le bénéficiaire de l’exclus ou l’avantagé du lésé, est de nature à remettre en cause les sacrosaints fondements égalitaires de la solidarité nationale, voire de la mutualité assurantielle.

Le seuil est une trouvaille diabolique pour diviser les assurés entre ceux qui sont au-dessous et ceux qui sont au-dessous.

Par effet de seuil, celui qui paie, privé du gratis, se trouve parfois moins bien loti que celui qui n’a rien déboursé.

C’est le problème des « ni pauvres ni riches, rêvant d'être riches et redoutant d'être pauvres ? » Rien n’aurait-il donc changé depuis quatre siècles d’Etat, créateur de seuils de la discorde de toutes sortes.

Je propose donc d’ajouter au panthéon des métiers de l’assurance, de la finance et de l’économie, celui d’expert(e) en seuil.

Le seuil divise

Le combat politique se résumerait-il à une question de seuil ?

Quand une minorité s’ingénie à imposer des seuils à une majorité de récalcitrants, ces derniers s’évertuent à les combattre pour en fixer d’autres, tout aussi arbitraires.

Tout seuil invite celui qui en est frappé à le contourner dès institué ou simplement esquissé. Le seuil discrimine, chamboule ou révolte.

Le seuil des uns dérange le seuil des autres. Pour cette raison, le seuil, quel qu’il soit, est certainement à l’origine des grandes révolutions sociales qui ont compté dans l’histoire de l’humanité…

L’assureur ne serait-il qu’un jeteur de seuil ?

Le seuil régit-il nos comportements, consciemment ou non ? Ne mesure-t-il pas notre tolérance vis-à-vis de la pauvreté, de la guerre, de la liberté, de la révolte, de l’emploi, des échanges, des autres et sans oublier celle vis-à-vis de son tarif d’assurance ?

Au départ, les tenants du seuil défendent l’utopie de réduire ex post les inégalités de chance, de revenu, de richesse et de niveau de risque.

Le seuil corrigerait au final les infortunes de naissance et les accidents de la vie par une redistribution de la valeur ajoutée collective créée en amont.

Ces conseuillers (*) égalitaristes prônent au bout du compte une consommation égale pour tous, un partage des risques de la vie, que vous soyez sans le sou ou plein aux as, vacher ou trader, productif ou non. Des partisans de la cotisation égale pour tous !

Leurs contradicteurs crient haut et fort que, ce faisant, les plus sages et les plus prudents ne seront plus incités à jouer collectif et qu’avec le temps la cotisation de chacun serait mathématiquement plus élevée.

Pour les chauds partisans de l’abolition du seuil, jusqu'au-boutistes de la proportionnalité, chacun doit pouvoir dépenser en fonction de sa production, tout en consacrant une partie de ses gains aux bonnes œuvres pour pouvoir cumuler sans remords.

Mais, peut-on se passer de seuil ?

Sans lui, impossible d’entrer ou de sortir, d’exonérer ou de taxer, de prêter ou d’emprunter, d’être ou d’avoir, d’entreprendre ou de clore.

Sans seuil, impossible de jouir de son effet.

Un seuil pour tous, tous pour un seuil

Le seuil entretient naturellement la fronde par son insuffisance ou son excès et autorise à chambouler les acquis seuilciaux (**).

Observez que nombre de syndicats, de politiciens, de philosophes, de révolutionnaires, d’associations, d’économistes, de fraternités ou d’opposants, voire d’assureurs n’ont de véritable raison d’être, au top de la contestation, que dans lutte contre le seuil en vigueur, pour en exiger dare-dare un autre, puis un autre, encore. Leur vocation commune : bouter le seuil, faute de trouver le bon seuil une fois pour toutes. Le seuil fédère, aveugle, radicalise.

Un seuil pour tous les seuils

Remarquons que certains de nos contemporains se complaisent à slalomer entre les seuils de rencontre. Soit pour perdurer dans l’assistance collective lorsqu’elle paie plus que l’initiative individuelle. Soit pour sauvegarder les derniers paradis fiscaux que compte encore notre belle planète. Ces derniers ne feraient-ils en fait que singer les entreprises, personnes dites morales, ballotées dans l’enfer des seuils locaux et internationaux ?

L’adage « Un seuil pour tous, tous pour un seuil » ne serait-il pas le bienvenu pour rassembler tous les esseuillés ? Pour abolir les seuils tout en les pérennisant, de façon hypocrite ou opportuniste, il suffit de les multiplier en créant des classes. Une classe ça tranche. Une tranche ajoute un nouveau seuil entre deux seuils. Pour seuiller davantage, toutes les ménagères, au seuil de leur cuisine et tous les bucherons, au seuil de leur arbre, le savent, il suffit de tran(ha)cher plus menu.

C’est permettre ainsi aux snobs de ne pas avoir le même seuil que leur voisin ; un seuil bien à soi en quelque sorte qui permettra de lever haut la bannière du « Touche pas à mon seuil ». Pour les uns, un seuil à surveiller, un seuil à préserver, un seuil à ne pas dépasser ! Pour les autres, un seuil à combattre, un seuil de colère, un seuil de vengeance !

Le seuil de la vie, antichambre du deuil, est-il au bout du compte le seul seuil commun imposé sans condition ni limite à tous les mortels ?

Certains croient à la divine justice qui rétablirait les iniquités terrestres engendrées par les seuils discriminatoires.

Notez paradoxalement que la majorité des humains ne sont pas pressés de franchir le dernier seuil et se battent pour le faire reculer davantage. D’autres en doutent, et pensent qu’avant de franchir le seuil du néant, il importe de réduire coûte que coûte et sans délai le seuil abyssal qui sépare le zéro et l’infini en toute chose et en tout lieu.

Pour conclure, au seuil de cette chronique, on peut se demander si l’homme libre ne serait pas finalement celui qui arriverait à vivre sa vie sans seuil !

Un homme plein d’assurance en quelque sorte !

Donat Nobilé

(*) Expert en seuils

(**) Le gouvernement disposé à modifier la loi sur les franchissements de seuil. - Source : La Tribune.fr - 07/11/2010