Salon du Livre du Touquet-Paris-Plage 2015

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Chronique post Salon du Livre 2015 du Touquet Paris-Plage

N’ayons pas peur, lisons ! Etre invité au Salon du Livre du Touquet Paris-Plage est un privilège que tout auteur à la page se doit de jouir sans modération… Dans une cathédrale où le papier a remplacé la pierre, la dédicace, c’est la cerise sur le tréteau qui vient couronner un échange, bref ou nourri, entre un lecteur et un écrivain. L’oral, après l’écrit ! Réussir à faire côtoyer les bookables du moment, des scripteurs moins médiatisés, des éditeurs, et des libraires de la région avec les addicts du mot juste, de la litote, du suspens, de l’oxymore est une gageure. Sans oublier l’espace dédié à la jeunesse, qui rappelle aux plus anciens que le goût de la lecture permet de vaincre l'échec scolaire. Cela n’implique pas que la messe soit dite pour autant, notamment quand on est en capacité de remplir l’urne des doléances du monde de la plume et du clavier. L’endroit propice aux échanges pourrait-il faire croire que les manuscrits recèlent les solutions pour conjurer nos peurs et nous montrer le chemin du bonheur ? Daniel Fasquelle et ses équipes ont maintenu le rendez-vous littéraire d’automne de la station des quatre saisons pour le plus grand plaisir des amoureux des belles lettres et ce, malgré le climat d’insécurité généré par les attaques terroristes du 13 novembre qui ont martyrisé la France et l’Europe ! Pressentant sans doute que la probabilité de recevoir une balle perdue au cours du week-end était aussi mince que celle qui pourrait frapper à l’aveuglette un spectateur au cours d’une rencontre tennistique au Centre Pierre de Coubertin. C’est l’actuaire que je suis qui vous le garantit, en prime. Ainsi en ce qui me concerne, installé confortablement dans un angle du transept et après avoir disposé les exemplaires de "La Mouche du Coach" sur ma nappe, je me suis demandé en dressant sur son socle "La messagère des Dieux", un autre thriller brûlant juste sorti des presses, si la déesse Némésis s’attendait à revêtir les habits de la Vengeance et de la Justice, à cette occasion. « N’ayons pas peur, lisons ! » semblait-elle clamer en signe de deuil pour les innocentes victimes du Bataclan et des terrasses. Cela dit, je ne me suis pas privé entre deux griffes de déambuler dans les travées, cheminant de nef en nef où siégeaient mes alter egos de la littérature. Non seulement par solidarité avec eux, mais aussi par pure spéculation, à la recherche d’une idée qui enluminera ma prochaine chronique, d’une illustration pour valoriser un prochain essai, d’un bon mot du terroir à servir à table, d’un secret enfoui pour bâtir une intrigue mais également pour prendre langue avec le visiteur passionné ou la lectrice hésitante qui fait un petit tour... avant de succomber ! Commençons le catalogue du salon par les scribes attablés. Que serait un monde sans les auteurs ? Je vous le
demande. Il ne serait pas. Qu’on se le lise ! Souvent en mal d’éditeurs, beaucoup d’entre eux ne font pas de lard, mais ont l’art de se compter pour paraître ! Puis, viennent les éditeurs, une race qu’on a du mal à trouver. Qui sont ces ophtalmologistes de l’esprit préoccupés de cloner votre plus beau bébé en un certain nombre d’exemplaires avant de l’exhiber dans une vitrine ? Ces impresarios du verbe auront-ils les yeux de Chimène pour votre chef d’œuvre ? Certains écrivains pourraient en découdre avec les maisons timorées qui renâclent à les publier, sur papier ou sur la toile, sous un prétexte fallacieux ou non ; un comité de lecture réticent ou tout puissant, par exemple. Les libraires enfin, submergés par le flot incessant de titres sortis des presses. Le diffuseur a parfois été votre premier effeuilleur et se fait fort de faire découvrir de nouvelles pépites à ses lecteurs, bien voyants, myopes ou presbytes. In fine, peu de postulants au prix qu’on court savent que 98 % des prototypes finissent au pilon, dixit l’enquête publiée dans l’Annuaire à l’Usage Des Auteurs Cherchant un Éditeur. Qu’on se l’écrive ! Ce faisant, bon nombre de plumitifs échappent ainsi au mal de la promotion et des sprints, plus connu sous le vocable de « dédicace elbow ». Mais n’allez pas croire qu’être invité à un salon est une sinécure (une livrécure !). Outre la nécessité de se dégourdir les i(j)ambes, l’auteur assidu craint surtout de croiser des signopaginophiles. Une nouvelle race de collectionneurs en croissance géométrique, qui mangent à tous les (r)ateliers. Ces gens-là, monsieur, ils ne lisent pas, ils subtilisent. Leur tactique est parfaitement lisible. Elle consiste à vous entreprendre tout en raflant impunément votre stock de signets… Espèrent-ils monnayer votre marque-page davantage que votre livre sur un e-site de seconde lecture ? Parfois, un salon des livres s’apparente à un concours de pêche avec remise de prix quand l’auteur harponne le visiteur d’un mot, d’une question, d’un regard, d’un sourire, d’un geste… lorsqu’il ne vient pas à lui, comme Lagardère. N’oublions pas qu’on lit parfois à livre ouvert sur le visage des pèlerins qui déambulent dans les allées littéraires… Au chapitre, le scribe physionomiste reconnaîtra le pressé, le lettré, le raisonneur, sans oublier l’importun, personnage qui rejoindrait opportunément la liste des fâcheux que je pointe du doigt dans mon livre et le bourreau « coupeur de lettres » qui affirme qu’il ne lit jamais… Mais le salon littéraire est aussi un lieu de contradiction où sont évoquées les problématiques du secteur telles que la survie des libraires face aux grandes surfaces, la mise en scène des prix littéraires, le financement des ateliers d’écriture, l’avenir du livre face à la concurrence du numérique, etc. Pour conclure, être « A la page touquettoise » permet aux metteurs en scène du livre de débattre tout en se cultivant. Tournons celle-ci pour écrire la suivante et se donner rendez-vous, je l’espère, au prochain salon 2016…